SEMAINE V – VEDREDI: Bienheureux Joseph Boissel, o.m.i. (20.12.1909-05.07.1969)

boissel-omijkjk-1969Qui dit que les Pères sont des étrangers ? Qui dit que les Pères ne sont pas bons ? Qui dit que nous sommes des traîtres parce que nous confessons la religion des Pères ? Le Père Boissel est étendu mort devant nous, là, maintenant. Sa vie est la réponse à nos questions et à notre foi. S’il n’est pas bon, pourquoi le ciel ne le foudroie-t-il pas, la peste ne le mange-t-elle pas ? Pourquoi s’est-il remué avec impatience et sollicitude pour rejoindre ses enfants au village de Hat-I-Et ? Seul son dévouement pour ses enfants, qu’il aimait, le poussait jusqu’à eux, sans penser à son sang, à sa chair, à sa vie.

Vous les notables, les maîtres qui avez connu et fréquenté le Père Boissel, sachez et retenez qu’il était un homme bon, généreux avec le peuple, avec les indigents. Même si c’était un homme direct en paroles et qui “éternue fort”, rappelez-vous sa bonté, qu’il a construite partout où il passait. « La terre couvrant le visage pendant cinq cents ans ne peut faire oublier l’amour », dit le poète, car le Père Boissel était un exemple, une source de l’amour du Christ pour nous. Ni la pluie qui tombe ni les eaux qui grondent ne pourront effacer le sang rouge vif du Père Boissel, qui a marqué cette terre lao.

 Homélie du Père Pierre Douangdi
pour les funérailles de Joseph Boissel, 8 juillet 1969

SEMAINE V – MARDI: Cinq Martyrs Oblats (1961-1969)

lkjJ’ai rencontré les PP. Joseph Boissel, Vincent L’Hénoret, Jean Wauthier, puis les Pères Leroy et Coquelet : ils ont été, tous, d’admirables missionnaires, prêts à tous les sacrifices, vivant très pauvrement, avec un dévouement sans limite.

En cette période troublée, nous avions tous, chacun plus ou moins, le désir du martyre, de « donner toute sa vie pour le Christ ». Nous n’avions pas peur d’exposer nos vies et de nous aventurer dans les zones dites dangereuses. L’équipe missionnaire du Laos était profondément unie entre elle, et bien soudée autour de son évêque.

Nous avions tous le souci d’aller vers les plus pauvres, de visiter les villages, de soigner les malades, et surtout d’annoncer l’Évangile. Tous nos Pères tués ont vécu profondément leur vie religieuse et missionnaire :

  • Joseph Boissel était un homme de grand cœur, tout d’une pièce, avec son franc-parler, profondément religieux, homme de prière, fidèle aux réunions de district, très agréable en communauté.
  • De même Jean Wauthier, homme d’action, habile de ses mains, bon organisateur et fort généreux.
  • Les Pères Leroy et Coquelet étaient très pieux et très fidèles aux exercices religieux.
  • Vincent l’Hénoret, très dévoué, était très près des gens, bon religieux et très fraternel en communauté.

Je rends grâces au Seigneur d’avoir pu vivre 24 ans dans la belle Mission du Laos, et d’avoir rencontré, tout au nord du Laos, jusqu’au sud du Laos, des missionnaires remarquables : des Oblats dans le nord, et des M.E.P. dans le sud.

Joseph Pillain, o.m.i.,
Lettre à Nicola Ferrara, o.m.i., 13.03.1999

SEMAINE V – LUNDI: Bienheureux Jean Wauthier, o.m.i. (22.03.1926-16.12.1967)

225« C’est en allant visiter une poignée de catéchumènes… car il portait un sac sur le dos. » Tel est Jean Wauthier, que nous pleurons… Sa vie : c’est celle de l’Évangile ; au nord du Laos, dans une région proche de la frontière du Viêt Nam en guerre, il est seul prêtre. Une grande partie de chaque mois dans un village de 800 chrétiens, il est souvent en tournée périlleuse dans la montagne. Comme Jésus, il passe en faisant le bien.

« Je veux être comme Lui, dit‐il, puisque je suis missionnaire ; leur annoncer le Christ, c’est s’occuper de toute leur vie selon leurs besoins. » Il vit au milieu des siens, mêlé à leur propre vie.

 « On est chrétiens, on travaille ensemble, on s’aide tous », dit‐il. Il savait ce qui l’attendait en cette région de pauvreté et d’insécurité. Il avait déjà connu le moment du peloton d’exécution, où il avait été sauvé comme par miracle. Quelle impression ? « Pas terrible, disait‐il ; on se dit : ça y est, c’est le moment d’offrir ma vie pour eux. » Le 17 décembre dernier, à huit jours de Noël, le sacrifice a été consommé.

Homélie de Mgr Henri Jenny
à la messe en
mémoire de Jean Wauthier, 27 décembre 1967

 

SEMAINE V – DIMANCHE: Bienheureux Jean Wauthier, o.m.i. (22.03.1926-16.12.1967

fuyiDepuis trois ans, je suis avec les réfugiés qui ont pris le maquis. Ils ont fui par milliers la nuit, sous la pluie, dans la brume froide des sommets. Ils n’emportent presque rien sinon les enfants.

Ils préfèrent vivre dans la jungle, manquant de presque tout, mais libres. Il arrive des moments où on a plus besoin de liberté que de riz. Ils sont 30 0000, 40 000 peut-être.

Mes parents ne disent rien. Ils acceptent. « Ils gardent ces choses dans leurs cœurs », comme tous les parents de missionnaires. C’est sans doute pour cela que leurs fils au loin peuvent faire quelque chose. Les fleurs, les fruits poussent, mais la racine est à des milliers de kilomètres de là.

Comme prêtre je suis seul. Mais il y a tous les gens.

À cause de la guerre, je vis très près d’eux. C’est eux qui ont fait ma maison, exactement comme une des leurs : un rectangle de 8 x 6 mètres, plancher de terre, toit de feuilles, parois de bambou… Je travaille souvent avec eux. Ils savent que j’ai besoin d’eux pour me nourrir, me loger, me protéger le cas échéant. En échange, je suis, quand l’occasion s’en présente, infirmier, instituteur, et j’essaie de leur donner le Seigneur « avec toujours plus d’abondance ».

 Interview de Jean Wauthier
pour la revue
Famille Éducatrice, novembre 1966

SEMAINE IV – SAMEDI: Bienheureux Jean Wauthier, o.m.i. (22.03.1926-16.12.1967)

wauthier-omi-namlieng-1960-2Le Règne de Dieu avance, peu à peu, mais c’est merveille qu’il avance malgré la puissance énorme des forces hostiles qui s’y opposent…

Qu’en sera-t-il de l’avenir ? Dieu seul le sait, mais c’est un réconfort pour nous, missionnaires, et pour tous ceux qui nous soutiennent, de savoir que le moindre de nos efforts est quelque chose de positif, alors qu’une route, un pont, peuvent être si vite détruits. C’est ce que je me dis souvent quand il faut marcher au long des pistes pour aller voir une famille plus ou moins fervente, une journée, deux jours pour voir quatre, cinq chrétiens, et encore heureux d’en avoir…

L’autre jour il m’a fallu traverser une rivière treize fois, avec de l’eau souvent jusqu’au ventre. Après cela marcher dans la boue pendant deux cents, trois cents mètres, dans un sentier littéralement labouré par les buffles. J’en avais parfois jusqu’au genou. On est beau quand on sort de là… Tout cela c’est la belle vie missionnaire, vraiment belle, rien ne vaut d’être mouillé pour connaître la joie de mettre des vêtements secs ; et d’avoir marché sous la pluie pendant des heures et être maintenant à l’abri sous un toit, qui fuit un peu mais si peu.

 Lettre de Jean Wauthier aux Clarisses de Fourmies,
16 août 1959

SEMAINE IV – VENDREDI: Bienheureux Jean Wauthier, o.m.i. (22.03.1926-16.12.1967)

jhgLes Viêt Minh “catéchisent” la population à pas plus de deux jours de marche d’ici. L’avenir est humainement plus que sombre. Face à cette marée diaboliquement inexorable nous sommes vingt Pères qui, conscients de leur faiblesse mais forts de la force de Dieu, avons décidé unanimement à la dernière retraite de rester quoi qu’il arrive. Et ce petit mot est très lourd. Nous savons parfaitement ce qui va nous arriver : la torture et la mort, la torture physique ou morale (on ne sait pas laquelle vaut mieux), le tribunal populaire, les travaux forcés, l’expulsion, diminué, avili… Mais puisque notre Chef Jésus a triomphé de la mort en mourant sur une croix, nous ses disciples nous ne voudrions tout de même pas avoir nos aises sur la terre.

Et les 400 catéchumènes en cours d’instruction : quelle angoisse quand on y pense ! Et pourtant la Parole de Dieu ne peut être enchaînée, malheur à nous si nous n’allons pas la porter à ceux qui croupissent encore dans les ténèbres… Que Jésus et Marie nous envoient des Pères, des Sœurs, nous donnent la santé suffisante, et surtout ne permettent qu’aucun d’entre nous soit jamais apostat si nous entrons dans l’Église du Silence.

 Lettre de Jean Wauthier aux Clarisses de Fourmies,
9 décembre 1954

SEMAINE IV – JEUDI: Bienheureux Jean Wauthier, o.m.i. (22.03.1926-16.12.1967)

wauthier-omi-subra-bannammon-1953La guerre bat son plein, mais ici on va, on vient – parfois une rencontre impressionnante. Seul, au détour d’une piste je tombe sur une douzaine de types armés, qui aussitôt me mettent en joue. Un rapide acte de contrition. Mon plus beau sourire sur les lèvres, le cœur qui bat un peu, je m’avance vers eux, leur parle en phou-teng : pas un mot. En lao, seuls deux me répondent. Je leur dis que je visite tout le monde pour les soigner, leur dire qu’il y a le Bon Dieu, etc. Silence… Puis je leur souhaite bon voyage et sans demander la permission je continue ma route. Il m’a fallu un peu de volonté pour ne pas me retourner, l’oreille tendue vers ce claquement de mitraillette que je connais bien. Ça se passe si vite, dans un coin de forêt où personne n’ira voir…

Vous voyez que la Sainte Vierge m’a protégé. Aussi, pourquoi avoir peur ? Nous ne sommes rien par nous-mêmes, mais nous sommes des Christ ambulants, on le sent presque physiquement dans ce pays où tout le monde vit sous la crainte des génies et nous sommes l’amour, où tous vivent dans les seuls besoins du corps et nous sommes d’abord une âme qui doit briller, où la virginité est inconnue ou méprisée et nous vivons sans femmes.

 Lettre de Jean Wauthier aux Oblats de Solignac, 24 mars 1954