SEMAINE V – SAMEDI: Bienheureux Luc Sy, catéchiste, et Bienheureux Maisam Phô Inpèng, laïcs, pères de famille

newLuc Sy était catéchiste et s’acquittait bien de sa mission. Chaque mois il faisait un rapport. Tout était noté : prières, soins et visites des malades, communion des malades, baptême des enfants, mariages, finances. Il travaillait dans les montagnes, dans des zones “chaudes”. Il aimait les autres, c’était un homme de partage, un homme très serviable. Il ne faisait pas de distinction entre chrétiens et non chrétiens. La journée que nous avons passée ensemble la veille de sa mort, il a prié toute la journée, du matin au soir sans interruption. Le soir quand je l’ai retrouvé il m’a dit : « Maintenant, je suis prêt. »

Phô Inpèng était un nouveau converti, qui avait été capitaine dans l’armée avant d’être chrétien. Sa famille était une famille de réfugiés. C’était un chef, il prenait en charge l’organisation de la petite communauté chrétienne. Luc Sy s’occupait plus de l’aspect liturgique et lui, de la marche de la communauté. Je lui faisais complètement confiance. Il avait vraiment l’amour de Dieu et la fierté d’être chrétien et catholique. Il s’était porté volontaire pour nous accompagner, Luc Sy et moi, au moment de l’embuscade où tous deux ont été tués.

 Témoignage oculaire d’un diacre, aujourd’hui évêque,
sur Luc Sy et Phô Inpèng

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SEMAINE V – JEUDI: Bienheureux Thomas Khampheuane, élève catéchiste (05.1952-12.05.1968)

khampheuane-fhjfhMon fils Thomas Khampheuane, né en mai 1952, a été tué dans une embuscade en même temps que le Père Lucien Galan, le 12 mai 1968. Une balle dans la tête : il est mort sur le champ. Avec un autre adolescent, il accompagnait le Père, qui devait annoncer la foi chrétienne et dire la messe dans un village de la montagne. La guérilla avait interdit de circuler et ne voulait pas de prêtre ; ils détestaient les prêtres et la foi chrétienne.

Ce fut un choc terrible pour ma famille. Ma femme est morte de chagrin. J’étais troublé moi aussi, et je n’ai plus pu enseigner le catéchisme. L’évêque est venu nous voir ; il offrait une somme pour compenser un peu notre perte. Les mots nous manquaient, mais nous avons dit non, car il était évident pour nous que notre fils était mort pour Jésus.

Malgré notre chagrin, ma femme, ma fille et moi étions tous d’accord sur un point, sur le sens de la mort de Thomas : il avait donné sa vie pour le Christ. Les gens nous disaient : votre fils a de la chance, il est mort avec le prêtre et ira certainement avec lui au Ciel. C’est aussi ce que nous croyons. Si un jour l’Église le désigne comme martyr et saint, ma famille sera très heureuse.

 Témoignage du père de Thomas Khampheuane,
mort martyr à 16 ans

SEMAINE III – JEUDI: Bienheureux Catéchiste Joseph Outhay (25.12.1933-27.04.1961)

outhay-2Outhay était un très bon catéchiste. Il avait une très forte personnalité, il n’avait peur de rien. C’était un fidèle compagnon du Père Tenaud, avec lequel il se déplaçait, c’est d’ailleurs lors d’un déplacement qu’ils ont été arrêtés. Il était un fidèle compagnon de l’Église : il a voué toute sa vie aux chrétiens, aux gens, par l’intermédiaire du Père Tenaud.

Il était patient, simple et humble. Il était dévoué corps et âme à son service de catéchiste.

Il est parti avec le Père Tenaud vers un village, dans une région disputée donc dangereuse. Ils sont tombés dans une embuscade. À partir du moment où il partait dans des régions dangereuses avec le Père Tenaud, il avait bien conscience du danger très sérieux qu’il prenait, mais il n’a jamais craint pour sa vie. Je crois vraiment qu’il a choisi de suivre le Christ et de servir le peuple de Dieu quoi qu’il arrive. Toute sa vie a été portée vers l’enseignement de la Parole de Dieu, malgré le danger. Aujourd’hui encore, même pour ceux qui ne l’ont pas connu, il est un martyr.

Témoignage d’un missionnaire, aujourd’hui évêque,
sur Joseph Outhay

Semaine I – Lundi: Bienheureux Joseph Tiên (05.12.1918-02.06.1954)

Vers 1953, le Père Tiên a été mis en prison. Il n’avait pas voulu se sauver : les Pères français le lui avaient conseillé et plusieurs villageois l’y avaient exhorté, mais lui n’a pas voulu. Il a dit : « J’ai été ordonné pour les chrétiens, je ne peux pas les abandonner. Ceux qui veulent me tuer, eh bien, ils devront me tuer ici. » Il voulait vivre et mourir au milieu de ses chrétiens.

tien-1Au camp de Talang, on a fait pression sur lui de nombreuses fois pour qu’il se marie : « Si tu prends une femme, tu seras libre. » Lui a toujours refusé : « Je suis là pour les chrétiens. » Chez nous, tout le monde a bien compris cela : il ne pouvait pas abandonner la vie de prêtre. Quand on l’a emmené du village, tous lui ont souhaité du courage pour tenir bon : « Vous êtes le Père des chrétiens, si vous abandonnez, tout sera perdu. Si vous tenez bon, il y aura aussi des chrétiens là-bas. » Le Père Tiên est certainement un martyr, car il a partagé les souffrances de Jésus. Son souvenir est toujours resté bien vivant parmi nous.

Il est un vrai modèle pour les chrétiens laotiens d’aujourd’hui, qui ont besoin de courage.

Témoignage de Sipéng, un laïc
né dans la maison paternelle du P. Joseph Tiên.

Semaine I – Dimanche: Bienheureux Joseph Tiên (05.12.1918-02.06.1954)


Jusqu’aux tout derniers jours le Père Tiên était demeuré confiant. Il a obtenu des chrétiens « une ferveur spéciale, des prières particulières qui éviteront la catastrophe ».Le 22 mars il écrit sa joie de pouvoir continuer son école…

La dernière lettre reçue de tien-6-1952-directeur-ecolelui est du 27 mars. Cette fois, notre confrère a une crise de détresse… Pauvre Père ! Il se rend compte de son isolement absolu. Les prêtres les plus proches de son poste se trouvaient normalement à 7, 8 jours de distance ; mais par suite de la persécution vietminh, ces voisins ont dû quitter leurs districts, s’établir dans la plaine. Il ne reste aucune possibilité de les aller voir, d’être par eux visité. Les chrétiens sont trop craintifs pour apporter une aide sérieuse à leur pasteur en détresse si cette détresse dure. La croix se dresse toute nue devant le premier prêtre thaï-deng, quatre ans après son ordination.

En définitive, il demeura héroïquement sur place (lui, un thaï, pouvait se sauver facilement à tout moment). À partir d’avril 1953, le rideau de fer habituel sépare Sam Neua du monde libre. Aucun contact ne peut être repris avec lui…

Jean Mironneau, « Abbé Joseph Thao Thien », dans Bulletin MEP 28, 1955